Res communis la vidéo en partage
En quatre ans, la coordination de la communication entre une intercommunalité et ses communes a doublé. La vidéo est le prochain candidat naturel : quand on met déjà en commun le site, le magazine et les relations presse, elle n'a aucune raison de rester à l'écart. À une condition, celle qui structure tout ce guide : mutualiser la vidéo, ce n'est pas rêver d'un studio commun. C'est partager un poste, un marché ou un média. Ce guide passe en revue les quatre montages juridiques, les chiffres 2023 et les cas réels. Vérifié en juillet 2026.
Motus la tendance
En quatre ans, la mutualisation a doublé. Chez les communautés de communes, la mutualisation ou la coordination de la communication avec les communes membres est passée de 23 % en 2019 à 46 % en 2023. Chez les agglomérations et au-dessus, elle se tient à 33 %, stable. Les chiffres viennent du baromètre de la communication intercommunale 2023 (Occurrence pour Intercommunalités de France, Cap'Com et Epiceum).
La démutualisation est quasi inexistante : depuis 2020, 7 % seulement des communautés de communes et 10 % des agglomérations disent avoir fait marche arrière. Ce qui se mutualise reste mutualisé.
Les services communication d'interco travaillent déjà pour leurs communes : 79 % des communautés de communes et 89 % des agglomérations apportent au moins une forme de contribution à la communication de leurs communes membres, en nette hausse.
Et la vidéo y figure : une plateforme vidéo est en place dans 38 % des intercommunalités. Ce n'est pas leur premier outil de communication, mais il est installé.
La logique est simple. Quand une interco met déjà en commun le site, le magazine et les relations presse, la vidéo n'a aucune raison de rester à l'écart : elle suit. Reste à ne pas confondre deux choses très différentes, mutualiser la vidéo et bâtir un studio commun. C'est toute la distinction de ce guide.
Duae viae un poste ou un média
Il y a deux façons de mettre la vidéo en commun, et elles n'ont ni le même coût ni la même ambition. La première est déjà pratiquée un peu partout, la seconde reste rare.
La plus répandue, et la plus discrète. Une commune et son intercommunalité partagent un chargé de communication dont la vidéo est une mission parmi d'autres. Les offres d'emploi le disent noir sur blanc. La communauté de communes du Pays Bellegardien, dans l'Ain, recrute avec l'office de tourisme un poste chargé de « créer des contenus vidéo (prise de vue et montage) ». La communauté de communes Val'Aïgo, au nord de Toulouse, mutualise un poste avec la mairie de Villemur-sur-Tarn pour la « prise de vue photo/vidéo et montage pour diffusion sites internet, réseaux sociaux, page Youtube ». À Sarlat, un service communication commun à la ville et à la communauté de communes produit pour les deux. On ne mutualise pas un studio, on partage une personne.
Plus ambitieuse : un canal commun, une WebTV d'interco. Une intercommunalité mosellane d'une vingtaine de communes diffuse ses conseils communautaires en régie, et autour de Nyon, en Suisse, une chaîne est portée par une trentaine de communes. Honnêtement, les cas les plus aboutis encadrent la strate des 10 000 à 100 000 habitants sans être dedans : l'interco rurale est plus petite, l'agglomération de Chartres plus grande. Le principe, lui, transpose. Cette voie a son guide dédié, et je ne le refais pas ici.
La suite de ce guide traite surtout la première voie, la plus accessible, et le montage juridique qui la rend possible. Pour la seconde, le canal commun, tout est dans le guide dédié.
Formae iuris les quatre montages
Quatre outils du droit permettent de mettre la vidéo en commun. Trois mutualisent la gestion d'un service, le dernier mutualise seulement l'achat. Chacun a son article.
Une commune prête son service ou son agent à l'intercommunalité, ou l'inverse. Une convention règle les modalités et le remboursement des frais. Adaptée quand une seule commune a déjà un vidéaste et veut le partager. Article L5211-4-1 du CGCT.
Un service créé ensemble et porté par l'interco, ouvert à plusieurs communes membres. C'est la forme la plus utilisée pour la communication mutualisée, et celle qui convient à un poste ou un service vidéo neuf. Article L5211-4-2 du CGCT.
La plus souple. Elle fonctionne même hors du lien entre une commune et son interco : une collectivité peut rendre un service à une commune ou à un autre EPCI voisin, moyennant facturation. Article L5111-1 du CGCT.
Il mutualise l'achat, pas la gestion. Un seul marché vidéo pour plusieurs communes, chacune payant sa part, sans aucun service à créer. En pratique, l'adhésion d'une commune passe par une délibération de son conseil. Cadre du code de la commande publique.
Pecunia qui paie quoi
Le droit dit peu de choses, et il les dit clairement : la convention entre les collectivités fixe les conditions de remboursement des frais. Au-delà, c'est une zone grise que je préfère nommer. Aucune délibération française documentant une clé de répartition pour un service vidéo ou communication mutualisé n'a pu être lue en intégral. Il n'existe pas de barème national à recopier.
L'illustration existe, en Suisse : la Ville de Nyon a voté le 25 janvier 2016 une contribution annuelle de 240 000 francs suisses à la chaîne NRTV, plus 60 000 francs pour l'investissement de départ, par 65 voix contre 17. À lire comme l'illustration d'un principe, une collectivité chef de file qui vote une contribution, pas comme un modèle à recopier : le droit et le contexte sont suisses.
Le baromètre ajoute un enseignement net. La mise à disposition pérenne de moyens de production par l'interco aux communes reste marginale, de l'ordre de 1 %, là où la mise à disposition d'outils ou d'actions atteint 34 à 35 % et les actions ponctuelles 41 à 48 %. Autrement dit, les intercommunalités partagent des postes et des prestations, pas du matériel. La conclusion tient en une phrase : ne rêvez pas d'un studio commun, mutualisez le service.
Series ce qu'on commande ensemble
La vraie question d'une mutualisation n'est pas juridique, elle est politique : qu'est-ce que chaque commune y gagne, concrètement ? La série vidéo y répond d'elle-même. Un épisode par commune, par site ou par métier, le même dispositif, la même direction artistique, et chacun voit sa part à l'écran. La clé de répartition, cette zone grise que le droit laisse ouverte, devient évidente : un épisode, une part. Et le coût par épisode descend mécaniquement quand la série s'allonge : repérages groupés, dispositif réutilisé, une seule direction artistique pour tout le territoire.
Ce n'est plus une hypothèse de méthode : une intercommunalité de la strate le fait déjà. Quimperlé Communauté, 57 141 habitants pour seize communes du Finistère, publie sur son site officiel « 2 minutes pour découvrir », une série de treize épisodes courts consacrés au patrimoine du territoire. Un épisode, un site : les épisodes se répartissent entre les communes du territoire, Quimperlé, Riec-sur-Bélon, Moëlan-sur-Mer, Clohars-Carnoët, Bannalec, Guilligomarc'h. Le principe tient donc debout ailleurs que sur le papier, à un gabarit d'interco ordinaire. Réserve due au lecteur : la page n'affiche aucune date de publication, ni l'ancienneté de la série ni sa poursuite ne sont établies.
Un monument, un village, un savoir-faire par épisode. Le tourisme est souvent déjà une compétence de l'intercommunalité : c'est le sujet fédérateur par excellence, celui qu'aucune commune ne conteste autour de la table.
Les métiers et les visages des services, un épisode par agent ou par équipe. Double dividende : la communication d'aujourd'hui et l'attractivité employeur de demain. Recruter un vidéaste en collectivité →
Chaque commune membre reçoit son film court, tourné dans le même dispositif que les autres. C'est la déclinaison la plus directe du principe : chacun sa part, et une image cohérente sur tout le territoire.
Les anciens, les témoignages, les gestes et les lieux qui ne seront plus là dans dix ans. Ce qu'on ne filme pas maintenant ne se rattrape pas : c'est la série que le temps rend urgente.
Reste l'achat, et il est déjà réglé plus haut : un marché porté par l'intercommunalité dont chaque commune tire ses bons de commande, épisode par épisode, ou un groupement de commandes entre communes pour une saison décidée ensemble. Les montages détaillés dans ce guide s'appliquent tels quels, la série ne demande rien de plus.
Des cas réels de portraits d'agents et de séries qui durent →
Modus par où commencer
Pas besoin de créer un service ni de voter un budget de chaîne pour mettre la vidéo en commun. Trois marches, de la plus simple à la plus engageante.
Un seul marché de captation, pour les conseils et les événements, dont chaque commune membre tire ses bons de commande. C'est la marche la plus simple : aucun service à créer, un seul cahier des charges, un seul prestataire. On commence presque toujours par là.
Pour un besoin partagé et ponctuel : un événement intercommunal, une série d'épisodes comme celles détaillées plus haut. Plusieurs communes achètent ensemble, chacune paie sa part. Utile quand le besoin est réel mais ne justifie pas encore un service permanent.
Quand la coopération est déjà installée et le besoin régulier, on mutualise un poste ou un service. C'est l'étape la plus structurante, à réserver aux territoires qui travaillent déjà ensemble au quotidien.
Face à une intercommunalité, je vois surtout ce que la dispersion coûte. Quand chaque commune commande dans son coin, on obtient dix images qui ne se ressemblent pas. Un seul cahier des charges, une seule relation, plusieurs communes servies : c'est plus simple à piloter pour le service com, et ça donne une cohérence d'image que des marchés éparpillés ne produisent jamais.
Je capte déjà des conseils et des événements institutionnels, à Labarthe-sur-Lèze près de Toulouse notamment. Le dispositif ne change pas parce qu'il sert deux communes plutôt qu'une : c'est la même exigence, mutualisée.
Nicolas Portes · chef opérateur, Veni Vidi Filmi
Pour formaliser le besoin, le cahier des charges se prépare en amont, avant la première consultation. Côté budget, les repères relevés dans les marchés publics sont dans le guide des prix. Et la brique de base, la captation du conseil, a son guide : filmer un conseil municipal.
Quaestio les questions
C'est un service créé ensemble par l'intercommunalité et une ou plusieurs de ses communes membres, en dehors des compétences transférées, et porté le plus souvent par l'interco. L'article L5211-4-2 du code général des collectivités territoriales l'encadre. Une même équipe, un service communication par exemple, travaille alors pour plusieurs employeurs, et chacun rembourse sa part des frais selon une convention. C'est la forme la plus utilisée pour mutualiser la communication.
Oui. Trois voies existent : la mise à disposition d'un service ou d'un agent entre une commune et l'interco, le service commun porté par l'interco, ou plus simplement un marché de captation porté par l'interco dont chaque commune tire des bons de commande. La dernière est la plus rapide, car elle ne crée aucun service nouveau. Le choix dépend du degré de coopération déjà installé.
La règle de droit est simple : la convention entre les collectivités fixe les conditions de remboursement des frais. La règle chiffrée l'est moins, car aucune clé de répartition standard n'est publiée en France pour un service vidéo ou communication mutualisé. En pratique, chaque montage définit sa propre clé à l'avance, au prorata de l'usage ou par contribution votée. Le seul cas chiffré documenté vient de Suisse, avec un contexte juridique qui n'est pas le nôtre.
Rarement, et surtout pas pour commencer. Une WebTV mutualisée demande un budget et une régularité que peu d'intercos de taille moyenne peuvent tenir d'emblée. Mieux vaut démarrer plus petit, par un marché de captation partagé ou un poste mutualisé, et n'ouvrir un média commun que si le rythme est assuré. Le sujet a son guide dédié.
Par le plus simple : un marché de captation porté par l'intercommunalité, dont chaque commune membre tire des bons de commande. Aucun service à créer, une seule relation avec le prestataire, une cohérence d'image sur tout le territoire. Le groupement de commandes convient pour un besoin ponctuel partagé, et le poste ou service mutualisé se justifie quand la coopération est déjà installée.
Petitio votre demande
Un seul marché de captation peut servir toutes vos communes, sans créer de service ni voter un budget de chaîne. Racontez-moi comment votre intercommunalité travaille avec ses communes, de vive voix de préférence, et je vous dis ce qu'un dispositif partagé peut couvrir.
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